Comme Ole Kirk Christiansen a construit Lego malgré les épreuves du feu ?

Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin

3h du matin. Billund – Danemark.

La lune éclaire faiblement la petite usine de meubles en bois et de jouets. Les ouvriers de LEGO  ont regagné leurs foyer depuis longtemps.

Sur le sol, au milieu des chutes de bois abandonnées, on aperçoit dans la pénombre les fils électriques qui traversent l’atelier. Nous sommes en 1942 et les mesures de sécurité ne sont pas les même qu’aujourd’hui. A côté des fils, on voit distinctement l’arrivée d’eau utilisée pour mouiller le bois avant de le couper.

Et cette nuit-là, une fuite d’eau provoque un court-circuit. Le stock de bois prend feu et bientôt c’est l’usine qui disparaît en fumée. Ole Kirk Christiansen, le propriétaire, est dévasté. Les assurances refusent de couvrir l’intégralité du sinistre.

Second incendie de l’histoire de sa fabrique, l’homme qui est parti de rien doute de pouvoir encore une fois tout recommencer.

Je vous emmène aujourd’hui pour découvrir l’histoire de Lego. Dans cet épisode, vous allez découvrir comment Lego est sorti de terre malgré les feux jusqu’à la création de la brique plastique en 1958.

Si vous voulez écouter le podcast

Comment Ole Kirk Christiansen a construit Lego malgré les épreuves du feu ? L'apprenti


Table des matières

1 – La création: des meubles aux jouets

2 – Le feu de 1942 et la décision de se lancer dans le plastique

3 – La création de la brique

Notes

La création: des meubles aux jouets

Ole Kirk Christiansen naît au Danemark en 1891 dans une famille de paysans pauvres.

Après avoir travaillé quelques années en Allemagne, Ole revient au Danemark à Billund précisément, une ville perdue au centre du Danemark.

Dans une lettre du début siècle voilà comment est décrite Billund :

« Un terminus ferroviaire oublié de Dieu où rien ne peut prospérer ».

Ole est dans son élément, il y a deux choses qu’il aime passionnément :  le bois et l’adversité.

Ole crée donc son atelier de menuiserie en 1916 et commence à vendre tabourets, planches à repasser et autres ustensiles de cuisine.

Les années suivantes, la petite entreprise se développe, ainsi que sa famille. Marié, il se retrouve père de quatre enfants. Étonnamment, il semble à cette époque qu’il fait ses preuves et prospère dans la petite cité oubliée de Dieu.

C’est compter sans ses enfants et notamment ses deux fils Karl Georg et Godtfred. En 1924, lors d’un jeu, ils mettent accidentellement le feu à l’atelier. L’incendie se propage rapidement. Lorsqu’il est enfin éteint, il ne reste plus que des cendres de sa maison et de son atelier.

À l’aide des économies accumulées pendant les années de prospérité, il parvient à reconstruire usine et maison.

Mais peine perdue, très vite le continent européen est atteint par le Krack boursier américain de 1929.  Durement touché par la récession, la clientèle d’Ole fond comme neige au soleil.

Il ne faut pas plus de trois ans pour qu’il se retrouve ruiné. Un malheur n’arrivant jamais seul sa femme meurt en 1932.

Pour répondre à la crise,  Ole décide de diversifier son activité. Il se met à fabriquer des jouets bon marché en complément des ustensiles et des meubles.

Ole, le bon fabricant de meuble, se révèle un brillant créateur de jouet. Son inventivité, sa rigueur et sa méticulosité font merveille.

Artisan dans l’âme, amoureux du travail soigné, il met en place un process de fabrication minutieux.

Tout d’abord, Il utilise du bouleau, un arbre abondant dans la région. Une fois coupé,  le bois  reste 2 ans à l’air libre. Lorsque le bois est à sa convenance, il le laisse sécher dans un four pendant trois semaines. Le bois est alors prêt à être travaillé.

Les pièces sont ensuite sculptées, puis les jouets sont assemblés, scellés, poncés et apprêtés avant d’être peints avec trois couches de vernis.

Ole conçoit  lui-même ses jouets et c’est naturellement que son fils Godtfred  commence à 12 ans à les dessiner avec son père. Mais l’énergie et le travail ne payent pas et Ole est à nouveau sur la paille, peinant à faire vivre sa famille.

Ses frères et sœurs lui proposent alors un prêt de sauvetage pour sauver son entreprise de la faillite. Ils y mettent une seule condition :  qu’il se concentre sur   les meubles et cesse de fabriquer des jouets.

Mais Ole n’est pas prêt à renoncer à la passion qu’il s’est trouvé pour les jouets. Non seulement, il refuse le prêt mais va plus loin : il abandonne son activité de meubles pour se consacrer uniquement aux jouets.

Et sa pugnacité marche.  Malgré la récession, la qualité de ses jouets trouve son public et bientôt le voilà en train de ré embaucher du personnel.

Très vite se pose alors la question du nom de la marque, Ole organise alors un concours en interne : quel nouveau nom donner à notre entreprise ? Après réflexion,  c’est Lego qui l’emporte du danois, « joue bien », Leg Godt.

Le hasard faisant bien les choses, « Lego » en latin veut dire: « je mets ensemble » ou « j’assemble ».

La réputation de LEGO est grandissante et bientôt ses jouets sont appréciés à travers tout le Danemark.

Notamment ses ingénieux modèles  de voitures et d’animaux ou ses adorables jouets à tirer.

Son best-seller ? Un canard en bois dont le bec s’ouvre et se ferme lorsqu’il est tiré par un enfant.

Fin des années 30, il construit une petite usine adjacente à la maison de famille. L’atelier s’agrandit bien avec ses 40 salariés.

La marque LEGO, elle, est même reconnue dans tout le pays.

Mais une nouvelle fois, le feu va bouleverser les plans de Lego.

Le feu de 1942 et la décision de se lancer dans le plastique

23 mars 1942, l’usine Lego brûle. Ole est atterré. Il a bien souscrit une assurance mais les remboursements ne sont pas suffisants pour couvrir les frais de reconstruction.

Il obtient un prêt et hypothèque sa maison… Les restrictions financières le condamnent à vivre lui et sa famille à 6 dans une seule pièce.

Encore une fois pour Ole c’est un nouveau départ. Il décide de reconstruire son usine. Mais au lieu de la refaire à l’identique,  il reprend le  concept de production à la chaîne importé des Etats-Unis, 10 ans auparavant.

Comme d’habitude, l’adversité s’avère un puissant moteur. Au lieu de l’abattre, elle lui donne l’occasion d’expérimenter de nouvelles idées.

Un trait de caractère qu’il partage avec son 3e fils Godtfred qui travaille au côté de son père depuis quelques années déjà.

L’après-guerre  signe la  pénurie des produits de base dont le bois. De plus en plus d’industriels se tournent alors vers cette nouvelle matière synthétique : le plastique.  Moins cher que le bois, il est plus plus facile à produire…

Dès 1946, Ole investit dans une machine de moulage par injection, 1ère de son genre au Danemark.

Malheureusement lorsque les premiers jouets en plastique sortent de l’usine… ils trouvent face à eux des clients peu réceptifs.

Le plastique a mauvaise presse, il souffre de son côté chimique,  potentiellement dangereux. Le côté anxiogène de la matière n’est pas là pour rassurer  les parents. Quant aux salariés, ils sont plus tranchés et militent activement pour ne faire que des jouets en bois. Ils craignent notamment  pour leur santé et à l’instar de la population danoise sont sensibles à la mauvaise réputation de cette nouvelle matière industrielle.

Les ventes s’avèrent médiocres.

Et … Contre l’avis de tous, Ole s’accroche à son idée.

Il comprend le potentiel de cette matière, reste à voir comment l’exploiter au mieux. En 1949, sur l’invitation du vendeur de la machine de moulage de son usine, Ole part à Londres pour une foire sur les jouets.

En faisant le tour de l’exposition, il tombe sur un stand qui présente une machine à moulage. Mais ce n’est pas la machine qui retient son attention mais des petites briques posées sur le stand.  Des briques en plastique emboîtables les unes sur les autres.

Il glisse une des briques dans sa poche, et se renseignant, il apprend vite qu’il s’agit des briques de la société britannique, Kiddicraft.

Créée par Hilary Page, Kiddicraft est le véritable ancêtre des Legos tels qu’on les connaît… Hilary crée notamment en 1947 un ensemble de briques en plastique autobloquantes autrement dit qui peuvent s’emboiter.

À son retour à Billund courant 1949, Ole modifie alors le dessin de la brique, persuadée qu’elle a un avenir. Mais personne n’y croit dans son usine.

À partir des dessins de Kiddicraft, Il crée une nouvelle brique, la « Automatic Binding Brick ».

Les débuts se révèlent laborieux, les legos n’accrochent pas très bien entre eux et se détachent dès qu’on les touche.

Ce qui rend les constructions fragiles…

La part des ventes de ce nouveau jouet reste faible et il faut bien l’avouer l’essentiel des revenus continue de venir du marché des jouets en bois.

Les salariés semblent avoir raison.

Enfin, jusqu’en 1958.

La création de la brique

Mais nous n’en sommes pas là.

Une question se pose et qui reviendra souvent dans l’histoire de l’entreprise : Est ce que Lego a volé un brevet ?

Kiddicraft a bien breveté son invention dans plusieurs pays dont la France, l’Angleterre… mais pas dans les pays scandinaves. Du coup, Lego a parfaitement le droit de les copier sans risques… en 1981, ils rachèteront quand même les derniers droits à Kiddicraft pour 45 000 livres … et ce surtout pour éviter tout scandale.

En attendant, l’usine continue de prospérer.

En  1953, le nom peu sexy de « Automatic Binding Bricks » est remplacé par celui de Lego Mursten, le nom LEGO est désormais imprimé sur chaque brique qui sort de l’usine. Une usine qui emploie désormais plus de 140 salariés.

Malgré tout, les jouets en bois représentent encore une grande partie des assortiments dans l’usine.

Mais Ole comme son fils Godtfred, sont persuadés de l’avenir de la brique.

1956, Lego se lance pour la 1ère fois hors du Danemark et ouvre un bureau en Allemagne… L’année suivante, Godtfred, le fils d’Ole prend la direction de LEGO.

Godtfred, occupe depuis déjà  plusieurs  années des fonctions de direction et travaille avec acharnement sur le système d’accouplement entre les briques. C’est devenu une obsession chez le jeune homme de 35 ans.

Il finit par enfin trouver une solution pour relier les briques grâce à un système de tubes sous la brique du Lego. Le système est breveté à Copenhague le 28 janvier 1958.

Arrêtons nous deux minutes sur ce concept,  qui  donne ce que LEGO continue d’appeler la « puissance d’embrayage ».

Lorsqu’un enfant enclenche deux briques ensemble, elles s’emboîtent solidement avec un clic satisfaisant. Un concept qui n’a pas bougé depuis 1958.

Mais le coup de génie a lieu le 26 février 1954. Gotfred revient d’une foire du jouet de Londres en compagnie d’un acheteur de « Magasin du nord » un des plus grand magasin du Danemark.

Assis à l’arrière d’un bateau, les deux hommes discutent sur leur visions des jouets et du marché.

L’acheteur livre sa vision du marché à Gotfred. Le problème avec le marché actuel, c’est que chaque année constructeurs et diffuseurs doivent ré-inventer LE jouet qui dominera le marché.

Ce serait tellement plus simple si il existait une gamme ou une série, enfin quelque chose de cohérent qui permette un suivi.

Gotfred a une vision à ce moment-là.

LEGO doit passer de la production de jouets autonomes à la création d’un système de jeu complet, avec la brique comme élément unificateur.

Il s’attelle à cette mission et crée un système de jeu autour du thème de la ville, Lego CIty.

Malgré les ambitions de Gottfred pour le jeu, le LEGO System i Leg (Système de jeu), lancé au salon du jouet de Nuremberg, en février 1955 reçoit un accueil mitigé.

Mais le système fait ses preuves et le  succès s’annonce  au RDV. D’abord au Danemark puis en Allemagne où les ventes doublent en 1957 puis en 1958.

La promesse de la brique LEGO est à la fois infinie et irrésistible : plus on en achète, plus on peut en construire.

Gotffred parie sur le tout brique et renonce aux jouets en bois malgré les ventes qu’ils continuent de faire.

Et c’est finalement un incendie, le 3e pour Lego, qui l’aide à mettre sa décision en œuvre. En 1960, l’entrepôt de jouets en bois prend feu. LEGO en profite alors pour arrêter définitivement  toute production de jouets en bois.

Après s’être diffusé  dans plusieurs pays européens à la fin des années 1950, LEGO grâce à un accord de licence fait ses débuts en Amérique du nord en 1961.

Les 1ères publicités apparaissent.

Un succès que ne verra pas le fondateur de LEGO, Ole Kirk Christiansen qui  meurt le 11 mars 1958 d’une crise cardiaque.

La marque est désormais mondiale.

Une marque mondiale qui va pourtant atteindre les portes de la faillite.

Mais ça, c’est une autre histoire.

Notes

Hilary Page – Wikipedia

Ole Kirk Christiansen – Wikipedia

LEGO Du côté lumineux de la Force

Et Lego créa la brique

Brick by Brick: How LEGO Rewrote the Rules of Innovation and Conquered the Global Toy Industry

11 Notes on Lego

The Lego Story

The History of LEGO

The Disastrous Backstory Behind the Invention of LEGO Bricks

Kiddicraft, LEGO before LEGO

Les origines de LEGO

Vous voulez avoir le prochain épisode en 1er et les coulisses ?

Table des matières