Comment Arthur Auboeuf a co-fondé Time for the Planet, l’initiative qui va sauver la planète ?

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Paris, lundi 8 juillet 2019,  15h50

— Maman, s’il te plaît, arrête de pleurer…

À  l’autre bout du fil Quelques sanglots étouffés 

— Maman ? 

Toujours pas de réponse. 

Chaque minute écoulée rend ce silence un peu plus lourd à supporter pour Arthur. 

Le doute s’installe. 

— Tu viens de faire le pire choix de ta vie…

Ses quelques mots  ébranlent toutes les belles certitudes qu”il avait  avant de passer ce coup de téléphone. 

— Refuser un poste à 8 000 € net par mois ? Tu es complètement fou ! 

— Au contraire, c’est une bonne nouvelle ! Je me sens libéré, tu peux pas savoir ! 

J’ai l’impression d’avoir enfin pris le contrôle et que tout est possible. C’est un nouveau départ pour moi ! 

— Tant que cette décision te rend heureux… murmure-t-elle, sa voix trahit encore ses doutes.

Quand Arthur Auboeuf raccroche le téléphone, il pousse un profond soupir de soulagement. Annoncer sa décision à sa mère a été plus difficile que prévu. 

En un instant il est passé de ”Arthur, dans le Top 10 d’une boîte qui vaut des centaines de millions” à “Arthur dans son canapé qui a tout plaqué”.

Je vous raconte aujourd’hui, l’histoire d’Arthur Auboeuf, jeune entrepreneur qui – après 9 ans de succès – décide de tout plaquer pour insuffler un nouveau sens à sa vie. Mais dire non n’est pas suffisant pour changer le monde, encore faut-il accepter de changer son point de vue sur celui-ci et sur les gens autour de soi.

Bienvenue dans l’histoire de la transformation du fondateur de “Time for the Planet”.

Une histoire  d’Auriane Duroure et d’Arthur Auboeuf librement adaptée pour l’Apprenti. Time for the Planet est d’abord parue sur Rocambole, la première plateforme de lecture en streaming  100% originale pour lire des séries. 

Un merci spécial à Julien Simon, directeur éditorial chez Rocambole pour son soutien sur ce projet et à Rocambole pour avoir accepté ce partenariat.

Le podcast

Comment Arthur Auboeuf a créé Time For The Planet, l'initiative qui va sauver la planète ? L'apprenti

Table des matières

Remise en question

Faux départ

Rage de vaincre

Machine de guerre

Epilogue

Remise en question

Ça fait neuf ans que la carrière d’Arthur a décollé. Après une fac de sport, il se lance  naturellement  dans l’entreprenariat.

Très vite, il se retrouve comme un poisson dans l’eau dans cet environnement.

A 17 ans, il fonde sa première boîte qu’il revend quelques années plus tard. Même s’il touche une grosse somme, l’argent n’est pas sa première motivation.

Ce qui l’intéresse dans l’aventure entrepreneuriale ? Travailler avec des gens inspirants, apprendre de nouvelles choses. 

Ce matin-là, 9 ans plus tard,  on l’appelle pour lui proposer un nouveau challenge, dans une boîte qui vaut des centaines de millions.

Arthur ne laisse pas son interlocuteur s’éterniser dans des explications sans fin sur le poste. Sans hésitation,  et sans vraiment comprendre pourquoi,  il décline la proposition puis raccroche. 

Son cœur a pris la décision que sa tête refusait de prendre. 

L’instant d’après, il est – assis sur son canapé – l’homme le plus heureux du monde. 

Il faut dire qu’il est écœuré par ces entreprises assujetties au capitalisme actionnarial. Une chose est sûre : il ne veut plus participer délibérément à leur développement. 

Arthur a la conviction que les profits générés par une société peuvent servir une plus grande cause que des dividendes. Même s’il a vécu de ce système de longues années, il ressent le  besoin d’apporter plus de sens à son  quotidien. 

Après 9 ans de succès, Arthur ne sait plus très bien ce qu’il est et surtout ce qu’il doit faire pour trouver du sens à sa vie. 

Arthur a besoin d’être utile. Il a la conviction que pour devenir utile, il doit trouver le chemin vers ce qu’il est, au fond de lui. 

En bon entrepreneur, il réfléchit au  problème à résoudre sur la planète qui pourrait donner du sens à sa vie. 

Le thème de l’écologie, pourquoi pas ? Bien sûr,  il trie déjà ses déchets, n’achète plus de viande, limite ses déplacements ou privilégie les transports doux… Mais de là à se proclamer un chantre de l’écologie.

Pourtant le jurassien qu’il est ne peut que constater les conséquences du réchauffement climatique. Les montagnes de son enfance ne voient  plus aussi souvent la neige qu’autrefois.

Une rapide recherche sur internet ne peut que confirmer son intuition, confirmée par ce warning de tous les scientifiques de la planète.

Nous sommes la dernière génération à pouvoir agir. 

Cette phrase agit sur lui comme un électrochoc. L’urgence est là, il faut agir maintenant. 

 Il fait le tour des modèles économiques du secteur de l’écologie et distingue vite deux catégories.

Celles qui ne vont pas jusqu’au bout de la démarche. Leur engagement est réel mais les  profits reviennent aux actionnaires et non à la cause. La deuxième catégorie est composée d’organisations fédératrices et avec de vraies valeurs, mais dépendantes d’investissements extérieurs.

Très vite la conclusion s’impose à lui.

“Créer une boîte rentable, altruiste et 100 % autonome…”

La décision d’Arthur est prise, il crée dans la foulée Optimiste, une boîte porteuse de ces valeurs. Il la  co-fonde avec une start-up parisienne en forte croissance spécialisée dans le growth hacking

Développement exponentiel, des potes comme collègues, bureaux incroyables… Bref, le partenaire idéal.

Mais derrière cette réussite de façade, Arthur s’aperçoit qu’il s’est trompé. Il a replongé sans le vouloir dans le monde de ceux qui veulent d’abord et avant tout faire de l’argent.  

Retour à la case départ. 

Arthur s’ennuie, se désespère de ne pas être heureux alors qu’il a tout ce qu’il peut souhaiter dans sa vie.

Sauf du sens.  

Un jour, alors qu’il scrolle sans conviction sur fond fil d’actualité, il tombe sur un visage familier… Mehdi..

Mehdi ! 

Le type des colonies de vacances ! Au moment où il reconnaît son nom, Arthur prend conscience qu’il s’est même inspiré de lui pour créer Optimiste ! 

Mehdi, il l’a rencontré quelques années plus tôt.  Ils ont sympathisé, un des rares gars avec des valeurs alignées sur les siennes, qui plus est, un type sérieux et solide.

Enfin, excepté sa communication ; la vidéo qu’Arthur a sous les yeux lui crève littéralement les yeux. Mehdi pitche un projet qui ressemble comme deux gouttes d’eau au sien. Le contenu est top mais la forme est – il n’a pas d’autres mots pour le qualifier – à chier.

Arthur dépasse malgré tout ses réticences et l’appelle.  Au bout du fil, le même ton enthousiaste et bienveillant même quand il lui fait part sans phare de ce qu’il  pense de sa communication.

10 minutes de conversions suffisent à Arthur pour confirmer son intuition. Il doit le rencontrer. 

Le soir même, il réserve ses billets Paris-Lyon. 

Pour Arthur, son échange avec Mehdi a décuplé son envie de créer quelque chose : un monde en harmonie pour sa génération et les suivantes. La vie est très courte. Trop courte. L’heure n’est pas à la peur mais à l’action. 

Mais l’action n’est pas toujours couronnée de succès, du moins immédiat. Arthur en route vers Lyon n’en a pas encore conscience, mais qu’importe à ce moment-là, il a à nouveau l’impression que le monde a du sens.  

Faux départ

Arrivé à Lyon, direction le 3e arrondissement où il a  rendez-vous avec Mehdi et deux amis, enfin deux collègues qu’il veut lui présenter. Malgré le bon feeling qu’il a eu au téléphone, son appréhension reste présente. 

Arthur marche à l’instinct, il le  trahit rarement. Mais cette rencontre va- t-elle apporter le sens qu’il cherche à sa vie ?

Après quelques minutes de déambulation,il reconnaît Mehdi attablé en terrasse, entouré comme prévu. Ce dernier  lui présente Laurent et Nicolas et après quelques banalités d’usage, les trois hommes lui pitchent leur projet : “Time for the Planet”. 

Collecter un milliard d’euros et créer cent entreprises. Chacune d’entre elles avec une mission propre, dirigée vers la limitation des émissions de gaz à effet de serre.

L’alignement avec le  projet d’Arthur apparaît miraculeusement. C’est la traduction même de ce qu’il souhaite faire. 

“Créer une boîte rentable, altruiste et 100 % autonome…”

Plus l’échange se poursuit, plus Arthur a du mal à cacher son  excitation. Il  pense tout ce que Mehdi et ses collègues pensent et inversement. 

Au bout d’une heure, Arthur est non seulement convaincu de leur sincérité mais aussi de leur sérieux. En face, les trois hommes ne sont pas en reste et la discussion prend vite des allures d’entretien d’embauche pour Arthur. 

Un entretien qu’Arthur passe haut la main.

Les quatres hommes ont vérifié, ils sont intellectuellement alignés mais quid de travailler ensemble ? Mehdi parle d’une vidéo qu’ils doivent tourner dans les prochains jours, pourquoi Arthur ne viendrait-il participer au tournage ?

Arthur garde dans un coin de sa tête la dernière vidéo du trio, néanmoins il faut bien commencer par quelque chose..

Trois jours plus tard, il se retrouve devant un théâtre… Le lieu de tournage lui semble d’emblée décalé – et c’est un euphémisme –  par rapport à la vision du projet.

À l’intérieur, il retrouve Mehdi et ses collègues en train de régler laborieusement un appareil photo emprunté pour l’occasion. L’objectif est tourné vers l’estrade où doit se dérouler la vidéo.

Arthur déglutit difficilement. La scène lui apparaît ringarde et pathétique à la fois. Il respire et commence à suggérer de changer le cadre : 

— Et pourquoi pas quelque chose de plus… minimaliste ? Devant le mur par exemple, avec la plante en arrière-plan ?

Sa proposition acceptée, les trois lyonnais commencent à débattre du contenu de la vidéo en plein tournage.. Chaque nouvelle proposition prend place à côté de la précédente, sans aucun tri. Il s’ensuit une suite de phases sans objet ni même direction.

Arthur s’exaspère dans son coin devant ce manque de professionnalisme. Il tente – en vain – de garder une attitude neutre. 

Lorsque Laurent annonce qu’ils ont “oublié” d’appuyer sur le bouton record et que tout est à refaire, Arthur ne tient plus, il  explose.

Écoeuré par autant d’amateurisme, il claque la porte du théâtre. 

— Ça ne fonctionnera pas, ces mecs savent pas ce qu’ils font

Il est furieux contre eux et surtout contre lui-même. 

Comment a-t-il pu s’emballer à ce point ? 

Une chose est sûre, il est hors de question qu’il travaille avec ses bras cassés. Le voilà revenu à la case départ. 

Arthur l’ignore pourtant mais il vient de faire le premier pas d’une nouvelle aventure. 

Rage de vaincre

Après l’échec du théâtre, les jours se suivent pour Arthur sans relief, il est revenu  à sa routine parisienne.

Mais si les jours sont mornes, la nuit porte conseil. Pour Arthur c’est même une révélation.

Réveillé en sueur à trois heures du matin, il revoit la scène du théâtre, Mehdi et ses collègues. Son regard a changé. Il ne voit plus trois pieds nickelés mais des passionnés purs et durs. Des gens qui iront au bout de leur projet quoi qu’il en coûte.

La citation de Mark Twain vient comme sous titrer sa vision nocturne : “Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait”. C’est exactement ça. 

Il n’en faut pas plus pour qu’Arthur envoie un sms à Mehdi:

C’est bon, je suis partant. C’est quoi la prochaine étape ? 

Arthur vient encore une fois de suivre son instinct pour prendre sa décision.

La prochaine étape ?  Une conférence pour présenter le projet. 

Rendez-vous dans les locaux de Time pour préparer l’événement. Une fois sur place, Arthur retrouve l’ambiance digne des Marx Brothers qu’il commence à bien connaître.

Cette fois il s’agit de l’odeur, les bureaux de Time for the Planet sont à côté d’une société de fertilisant. Impossible de se départir de l’odeur de bouse de vache, même la fenêtre ouverte. 

Qu’importe, la pugnacité de l’équipe aide Arthur à dépasser cette énième mauvaise blague. 

Bientôt, le powerpoint pour le jour J est mis au point.

Le reste des décisions, notamment pour la communication, reste pourtant au mieux hasardeuse, au pire désastreuse. Arthur ne sait jamais trop bien comment les définir.

Le jour de l’événement  : le 5 décembre,  qui se trouve être incidemment le jour de la fête des lumières et de ses 1,8 millions de visiteurs  à Lyon ainsi que celui d’une grève nationale. 

Clairement pas la meilleure journée pour faire venir du monde.

Arthur prend pourtant les choses avec un certain fatalisme et pour faire venir du monde il intitule sobrement la conférence : 

Sauver le monde grâce à l’entrepreneuriat

Le matin du jour J, ça a marché: 250 inscrits. 

Arthur ne s’enthousiasme pas pour autant, avec la grève nationale s’ ils ont 100 participants, il sera heureux.

Pourtant, force est de constater : la salle est réellement remplie. Aucun siège n’est vacant. Ils sont tous venus. 

Arthur est ému, le miracle tant attendu est arrivé.

Un moment suspendu qui prend rapidement fin. 

Un bug informatique fait défiler les diapositives à vitesse grand V jusqu’à la dernière slide, celle des remerciements. Rien y fait, on a beau revenir en arrière. Ça bugue. Un jour sans fin.

Pourtant la pugnacité de Mehdi, Laurent et consort est admirable. Durant toute la conférence, les diapositives se font la malle et les gars systématiquement reviennent en arrière. 

Arthur a sous ses yeux le mythe de Sisyphe. C’est à la fois pathétique et admirable.

Reste que les résultats sont là. Time for the Planet recueille environ 30 000 euros d’investissements ce jour-là. C’est monumental.

Arthur a compris, malgré tous les bugues et les ratés, le destin a mis sur sa route des mecs incroyables, des associés. 

Time for the Planet est sur les rails, mais Arthur et ses associés tiendront-il le coup au prochain coup du destin ?

Machine de guerre

Time for the Planet est maintenant structurée : quatre associés. Sans surprise Arthur hérite de la communication , jusqu’alors l’inconnue de l’équation. Du coup la présentation de Time for the Planet prend brutalement un nouveau tournant.

Il lance la chaîne Youtube de la société et les chiffres de la première vidéo se révèlent vite encourageants, jusqu’à atteindre les 350 000 vues. Mais moins que ces chiffres là, c’est ceux des investissements qui donnent très vite le tournis. Des dizaines de milliers d’euros commencent à arriver. 

Les choses commencent à devenir concrètes. Trop tôt, trop vite.

Time for the Planet est une SAS, une structure limité par essence à 150 associés maximum.

Arthur est confiant, il reste de la marge, le sourire figé de Mehdi dit pourtant tout le contraire. Ils ont déjà 200 associés. 

Pas de choix il faut restructurer. 

Arthur est effondré, à peine Time for the Planet à flot, il faut déjà tout refaire.

Quelques mois auparavant, il aurait fui en courant mais là, il a confiance en l’équipe. Les bras cassés sont devenus des bras armés. 

Laurent, Nicolas et Mehdi ne lâchent plus leur téléphone. Leur  mission ? Contacter un maximum d’avocats pour trouver la forme juridique adaptée à leur croissance.

Pour Arthur il va falloir se mettre un sacré coup de pied au cul. Et là dessus, il est 100% aligné avec ses associés.

Dès le mois de mars, Time for the Planet obtient le statut juridique de SCA (une société commanditaire par action). Une grande victoire pour l’entreprise et toute l’équipe !

Le même mois pourtant les investissements tombent à 4000 euros. Mais loin d’être une catastrophe pour Arthur, ce chiffre agit sur lui comme un défi.

Après une discussion avec Mehdi, lui et les autres associés décident d’activer le mode machine de guerre.

Redoubler d’effort et continuer de structurer l’activité. Avec de tels objectifs et une telle équipe Arthur se sent comme un poisson dans l’eau. 

A Mehdi, le site web et le commercial, Laurent pour les aspects back office,  Nicolas pour la com interne et la communauté, et Arthur pour continuer de diriger la communication.

Deux nouveaux associés prennent place: Denis pour la stratégie de l’innovation et Coline pour les relations presse.

Arthur est ravi.

Il y a encore quelques mois, il rêvait d’une équipe de choc et le voilà exaucé. Chaque jour, le projet gagne en fluidité et en efficacité. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : au mois de juin, Time for the Planet récolte  100 000 euros, soit vingt-cinq fois le résultat de mars.

En février 2021, Time for the Planet affiche 520 000 euros levés et ce malgré la crise du Covid. 

Une nouvelle chance pour la planète et l’envie pour Arthur de se lever le matin désormais. 

Epilogue

Time for the Planet s’est donné comme objectif  d’ici 2030, d’avoir 1 milliards d’investissement, 100 sociétés créées et 1 million d’associés

Un objectif fou mais un objectif fort pour Arthur.

Chaque soir,il a hâte de vivre la journée qui suit, et ça, ça n’a pas de prix

Il a trouvé un nouveau sens à son travail. À la fois dans l’objet de sa société mais aussi dans le collectif qu’il a créé. un collectif qui a su l’aider à dépasser ses peurs et ses appréhensions.

Un collectif qui lui fait croire que tout est possible.

En 2030 peut être que l’on pourra dire “Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait”. 

Mais ceci est une autre histoire.

Vous voulez avoir le prochain épisode en 1er et les coulisses ?

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