Didier Rappaport, Happn : comment des pratiques sexistes et humiliantes ont entrainé la chute d’un CEO ?

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Paris, 2016. Au cœur de la Silicon sentier.

Justine a mal aux ventre.

Elle travaille depuis plusieurs mois chez HAPPN, l’application de rencontre qui veut faire la nique à Tinder.

Pourtant, ce matin, comme à chaque fois qu’elle doit présenter les chiffres en tant que data manager, son estomac se serre.

Elle a préparé l’analyse des données qu’elle va présenter, les orientations qui vont en découler pour le mois à venir.

Professionnelle, elle maîtrise son sujet. 

Ce qu’elle ne maîtrise pas ?

Didier Rappaport, le co-fondateur et Directeur d’HAPPN, présent ce jour-là.

La réunion commence plutôt bien. Justine déroule son powerpoint devant le directeur général et son équipe. L’ambiance est détendue, les tendances sont bonnes et les chiffres qu’elles présentent apportent avec eux de nombreuses pistes de développement.

Elle n’a pas le temps d’enchaîner sur la suite que Didier prend la parole.

Enfin, pas vraiment, il se tourne vers les collègues de Justine assis à sa droite et à sa gauche et lâche incidemment :

— Vous ne trouvez pas qu’elle est bien foutue ?

Il a clairement, de son sourire gourmand et de sa voix posée, désigné Justine.

Autour de la table, un silence gêné lui répond. Les yeux plongent sur les téléphones ou sur les écrans des pc portables.

Justine respire difficilement. Elle reprend la parole, enchaîne comme si elle n’avait rien entendu.

Impossible de savoir, si Didier est satisfait de son effet. Une chose est sûre, il est le patron et à plus de 60 ans, digne héritier des années 80, il compte bien user de tous les avantages dû à son poste de directeur général. 

Je vous emmène aujourd’hui, sur les traces de Didier Rappaport, cofondateur de Dailymotion et fondateur d’HAPPN, aventurier et innovateur dans l’âme. Une réussite entrepreneuriale singulière dans le web, mais un parcours émaillé de comportements douteux qui finiront par lui coûter son poste. 

Je remercie Mediapart et les journalistes David Perrotin, Valentin Cebron et Hugo Boursier qui m’ont autorisé à adapter cet article du 25 juin 2021 en podcast.

Le podcast

Didier Rappaport, Happn : comment des pratiques sexistes et humiliantes ont entrainé la chute d'un CEO ? L'apprenti

Table des matières

Didier Rappaport : un papa pour les start-ups

Chronique du sexisme ordinaire

Chronique d’un tyran ordinaire

Qui dira stop à tout ça ? Les premières révoltes !

La bombe: l’article de Mediapart

Didier Rappaport : un papa pour les start-ups

Quand Didier Rappaport entre dans le secteur de l’internet et des starts-up, Il laisse une autre vie professionnelle derrière lui.

Né en 1955, il passe la première partie de sa vie dans le textile sur les traces de son père. Quand arrive internet, Didier est fasciné par la nouveauté.

Il revend sa plate-forme mais il a le pied à l’étrier du web. En 2005, il rejoint dailymotion pour apporter son expérience au fondateur Benjamin Bejbaum. 

En 2014, Il rejoint les fondateurs d’une appli de rencontre, Whoozer. Nommé directeur général, il change d’emblée le nom de l’appli et la stratégie. Ce sera une appli de dating. 

HAPPN est né.

Sa particularité ? L’entreprise de dating se démarque de ses concurrents par l’hyper-géolocalisation de ses utilisateurs. En clair, HAPPN permet de faire connaissance virtuellement avec celui ou celle que l’on croise dans la rue, chez le boulanger ou dans un musée.

Didier veut ancrer l’expérience de dating dans la réalité.

Très vite HAPPN rencontre la croissance. Les 1 millions d’inscrits de 2014 sont plus de 150 millions, aujourd’hui. L’application réussit même son internationalisation avec une présence dans plus de 15 pays.

Ce sont les années star pour Didier, entrepreneur disruptif, de par son âge, il est invité de tous les plateaux télé et cérémonies du web.

Présenté comme un « pionnier du Web » par le podcast Génération Do It Yourself, élu « homme data 2015 » par le magazine GQ, Didier Rappaport cultive le storytelling de la start-up ancrée dans son époque.

Une entreprise engagée, par exemple, dans les problématiques liées au consentement.

En 2019, A l’occasion de la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, HAPPN s’engage. La société lance une campagne in-app afin de sensibiliser ses utilisateurs sur le sujet du cyber-harcèlement.

Une campagne largement relayée par Didier.

Pourtant derrière l’écran, c’est un tout autre personnage qui se cache.

Même si quand on lui pose la question il répond sans sourciller :

[22’6 » Est-ce que c’est un bon plan quand on est le patron d’happn -> extrêmement corporate]

La notion de corporate revêt une réalité à ce moment là bien particulière pour  le PDG d’HAPPN.

Son parcours, et ce depuis dailymotion, porte les traces d’un sexisme ordinaire. Didier Rappoport, à ce titre, s’affirme bien comme un homme des années 80. Un  homme qui pense que la femme soumise à son désir n’est plus qu’un objet.

Chronique du sexisme ordinaire

Qu’est-ce-qui se passe ? C’est la question que se posent les participants à cette soirée de l’été 2007, chez Dailymotion.

Didier vient de forcer par surprise une des salariées américaines à s’asseoir sur ses genoux. Tout le monde est témoin, y compris  Benjamin Bejbaum, cofondateur de Dailymotion. 

Le malaise est total.

La salariée déclare que dans son pays elle aurait porté plainte. 

En France, on est loin de cette prise de conscience et la suite va le démontrer. 

Le directeur général installe  visiblement une ambiance pesante et malsaine partout où il travaille. 

Justine, Agathe, Flora, Suzanne, Estelle, autant de collaboratrices d’HAPPN qui ont eu à subir les remarques et gestes déplacés de Didier Rappaport.

Des comportements qui finissent, confient certaines collaboratrices, par « pousser à bout », « détruire » ou « marquer à vie ».

Didier prend visiblement prétexte de tout pour assouvir ses pulsions :

— « T’as une tache, pistache ! » dit-il et joignant le geste à la parole, il appuie son doigt sur la poitrine d’une jeune femme. 

Ou  encore, “C’est joli ça, tu as un truc en dessous ?” Et il soulève le tee-shirt d’une collègue.

Ou bien, le voilà en train de masser les épaules d’une stagiaire, visiblement très très mal à l’aise.

Des gestes déplacés.  À l’image de ses paroles qui quittent, plus souvent que de raison, le domaine professionnel pour s’égarer dans ses désirs sordides.

Notamment lors de déjeuners professionnels qu’il impose à ses collaboratrices.

Là aussi les témoignages sont légions… Une collaboratrice raconte ses insinuations malsaines

« Tu as déjà envisagé de rencontrer quelqu’un de plus vieux.”

ou rapporte que Didier tient à lui montrer des sextos qu’il échange avec une autre femme,  et même une photo de nue.

D’autres relatent des propos du même acabit.

« Tu me passes ton feu à défaut de m’allumer ? »

 «Dommage que tu ne sois pas collée à moi »

L’attitude manifestement sexiste du Directeur général d’HAPPN s’accompagne d’un mode de management hérité des années 80. c’est lui le patron et il le clame haut et fort :

 « Une boîte, ça n’a qu’un seul patron. Si vous n’êtes pas capable de rester dans la boîte, vous la quittez. »

Et ce message, il le répète régulièrement à ses collaborateurs. 

Chronique d’un tyran ordinaire

[extrait 49’’38->> “Parce que dans une boite y’a pas de secret -> ils vont ailleurs ]

On peut presque entendre dans cet extrait d’un talk de 2015, une menace voilée.. 

Un ton dont malheureusement beaucoup de collaborateurs vont faire les frais.

Par exemple,  Chez HAPPN, l’heure d’arrivée le matin est fixée à 10 heures au plus tard. 

Le directeur général – et c’est son rôle – doit aussi rappeler l’heure aux collaborateurs en délicatesse avec leur réveil.. 

Sauf que certains témoignages rapportent que Didier se met exprès en poste à la porte et profite du moindre retard pour engueuler le fautif.

Engueuler ? Le terme peut paraître excessif. 

Sauf qu’encore ici s’aligne une multitude témoignages en ce sens..

—  « Je ne supporte pas de me faire crier dessus devant tout le monde… », confie Zoé* à un collègue le 23 septembre 2014 

—  Il a réussi à faire pleurer Justine […] j’ai à nouveau l’estomac hyper serré… », déplore une autre collaboratrice

— « Je me suis fait convoquer par Didier, je suis trop mal. » 

— « Elle est à cran Rozenn* […] elle s’est faite fumer par Didier devant tout le monde »

— « Y’a Yvan* dans le bureau de Didier, il lui hurle dessus. J’ai[me] pas ça ça me donne mal au ventre. Tout le monde entend. »

Une pression et une ambiance difficilement tenable pour les salariés.. Démissions, ruptures conventionnelles, périodes d’essai rompues : les départs sont fréquents. 

Au moins 40 personnes auraient quitté l’entreprise en deux ans, alors que la société ne compte qu’une centaine de salariés.

Des salariés impuissant face à  ce patron autoritaire et colérique dont les propos et parfois les gestes dépassent l’entendement. 

Même si en public, le message passé est différent

[Génération do it yourself – 106’30’’ – Être le CEo, c’est n’être qu’un chef d’orchestre – eC’est toute la boite qui construit la boîte]

Comment réagir  face à ce patron de Start up qui réussit. 

HAPPN se développe et HAPPN gagne de l’argent. 

Et c’est tout ce qui compte.

Certains salariés, pourtant, lassés, sont bien décidés à ne pas se laisser faire. 

Mais que peuvent-ils faire face au tout puissant patron d’HAPPN ?

Qui dira stop à tout ça ? Les premières révoltes !

Florent, développeur chez HAPPN, termine sa journée harassé. Moins que le travail c’est l’ambiance qui le plombe. Il a l’impression d’être fliqué en permanence par le directeur général.

Brusquement, il a un  mouvement de recul.

Un mail de Didier Rappaport vient de tomber dans sa boîte aux lettres. 

Un m essage au ton agacé où le DG lui demande notamment « de ne pas venir discuter avec des personnes qui sont en train de travailler ».

Ulcéré, pour Florent c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Cette fois il ne se laisse pas faire et répond par un long courriel.

—  « Combien de fois m’as-tu hurlé dessus et dénigré en public ? Songe à la fois où […] tu m’as hurlé je cite “personne n’est irremplaçable, et surtout pas toi”. J’ai vécu ce grand moment d’autorité comme une humiliation et un abus », 

Le développeur vide son sac. 

Nous sommes en avril 2016 et le Directeur général d’HAPPN ne voit aucune raison de changer son comportement.

Deux ans plus tard fin 2018, Didier Rappaport emmène la directrice de la communication d’HAPPN d’abord à Berlin puis en Inde. Un pays qu’il connaît bien.

Le récit qu’elle tire de ses déplacements professionnels est sans équivoque.

Elle se voit notamment offrir par Didier Rappaport un carnard en plastique jaune. 

Un symbole loin d’être anodin quand on sait que ce traditionnel jouet de bain a été détourné en sex toy par une société allemande.

Un détournement à l’image du DG d’HAPPN, coutumier du double sens scabreux et de l’image malsaine. 

Fin octobre de la même année, le voilà en Inde avec cette même employée. 

Sur place, Didier n’a de cesse de la relancer, il faut  qu’elle « se lâche, qu’elle oublie un peu son habit de professionnelle ! L’Inde, c’est un mystère et si elle veut réussir là-bas, c’est son âme qui doit parler… ».

Mais ça ce n’est rien par rapport à ce qui va suivre.

Lors de ce déplacement, elle subit une suite de remarques plus que déplaisantes.

—  « Il m’a demandé si je portais toujours des soutiens-gorge… Puis il s’est senti obligé de donner son avis : que ce serait beaucoup mieux si j’en portais pas… »

 — « Pourtant je l’ai recadré aussitôt en disant que sa question était inappropriée… Il n’en tient pas compte. Je l’ai recadré toute la journée en rappelant la relation boss/employée… »

Mais ces recadrages sont inaudibles pour le patron d’HAPPN, qui rajoute même plus tard :

 —   “J’espère que quand t’auras un mec, il te mettra la fessée.” 

Il tente même de lui saisir la main en voulant “Lui donner un conseil quand elle aura un mec”.

C’en est trop.

La responsable de la communication lui claque un sévère :

 —   “ écoute, tes conseils j’en ai pas besoin, on est là dans un cadre professionnel »

Dès son retour de voyage, Didier n’a de cesse de lui faire des remontrances récurrentes. Le ton est au mieux virulent au pire agressif.

Pourtant, elle ne se laisse pas faire et dépose une main courante le 10 juin 2019 à Paris pour dénoncer les agissements dont elle est victime.

Mais Didier Rappaport ne voit toujours pas le mal. 

L’homme affiche une décontraction stupéfiante. 

Lors d’un séminaire à Agadir en 2018, il rapporte tout sourire, lors de son talk d’introduction,  une conversation qu’il aurait eu avec le patron de Tinder.

Whitney Wolfe elle suçe bien »

Cette dernière n’est autre que l’ex du fondateur de Tinder et le CEO de Bumble, une application concurrente de Tinder et HAPPN. 

La salle est médusée moins devant la vulgarité du propos que devant la bonhomie gourmande de Didier Rappaport.

L’ironie dans tout ça, c’est que l’histoire est un peu différente comme je le raconte sur l’épisode dédié à Bumble.

[Épisode Bumble 8:04 → Brisée -> à cause de son sexe]

Mais pour l’intouchable Directeur général d’HAPPN, il est plus facile de présenter une femme comme une aguicheuse que comme une victime qui se défend. 

Néanmoins, les temps changent et l’année suivante, il est contraint de prendre la parole.

Cette fois, il est accusé d’avoir mis une main au fesse à une collaboratrice.

La situation commence à être tendue en interne.

Égal à lui-même,Didier reste dans le déni.

—  “Vous avez tous entendu qu’il y a des accusations d’une main aux fesses, mais vous savez bien que ça ne me ressemble pas”

Il rigole.

Et laisse, à ceux qui ont entendu sa sortie, une impression nauséeuse.

Qui plus est, son attitude irrigue toute la boîte d’une ambiance malsaine.

Il y a quelque chose de pourri au royaume d’HAPPN.

Il est temps que la presse s’en mêle.

La bombe: l’article de Mediapart

Le 25 juin 2021, un article fleuve de Médiapart paraît. le titre est sans “équivoque :

Chez HAPPN, des salariés dénoncent un patron « sexiste » et « humiliant »

Fruit de cinq mois d’enquête, l’article laisse peu de place au doute. 

70 témoignages d’actuels et ex-collaborateurs dépeignent un directeur général et une culture d’entreprise toxiques. 

Des accusations étayées par plus de 200 documents – courriels, SMS, conversations, enregistrements, journal intime, main courante…

Didier Rappaport, contacté par Mediapart et cité dans l’article réfute en bloc.

Il se réfugie dans le déni et tente d’imposer une tout autre image de lui,

“Dure mais juste” à l’image de « l’ancienne génération » quand il doit justifier son management colérique.

D’ailleurs cette excuse générationnelle, il la ressort aussi pour se justifier face aux accusations de sexisme.

— « c’étaient des trucs gentils. Les gens de ma génération pouvaient avoir des paroles qu’on ne prononce plus aujourd’hui ».

Mais ces réfutations ne font pas le poids face aux témoignages nombreux et étayés.

Chez HAPPN, l’article fait l’effet d’une bombe… notamment chez les actionnaires, Eurazeo et Alven.

En interne, la réaction ne se fait pas attendre.

Karima Ben Abdelmalek, secrétaire générale et directrice des ressources humaines de la société envoie un mail à l’ensemble des collaborateurs.

Elle annonce notamment :

L’ouverture d’une enquête « menée par un tiers indépendant. Elle souligne également que le CSE et le service RH se tiennent à la disposition des salariés qui en ressentent le besoin. Et enfin, elle confirme l’ouverture d’une plateforme d’écoute psychologique. 

Malgré tout, les choses s’accélèrent.

Le mercredi 30 juin une réunion est convoquée d’urgence avec les actionnaires.

À la sortie, Karima Ben Abdelmalek convoque par visioconférence l’ensemble des salariés.

Elle leur  annonce que Didier Rappaport quitte l’entreprise à effet immédiat.

Karima leur précise que suite à un vote des actionnaires, elle prend la direction de l’entreprise.

En interne, le soulagement est palpable.

— « Je me sens libérée d’un poids. J’ai toujours voulu agir pour que ça s’arrête, car la majorité des employés sont jeunes et vivent leur première expérience professionnelle. 

—Je vis également un sentiment de justice très fort », témoigne une ex-salariée.

Il reste pourtant une incompréhension chez certains salariés..

Pourquoi porté à la tête d’HAPPN, la DRH ? 

Si certains pointent son inaction d’autres plus vindicatifs l’accusent d’avoir couvert Didier Rappaport pendant toute ses années.

En réponse, la DRH affirme avoir tout mis en place pour faire face à ce type de problème. Elle a déployé les outils nécessaires, tant dans son service qu’au niveau de la conformité des process.

Elle assure avoir fait son boulot de RH.

Cela est-t’il suffisant ?

Didier Rappaport, fondateur d’HAPPN, est à ce titre fondateur de sa culture, de son ADN. 

Son départ signifie-t-il la fin de cette cette culture ? Et pour aller où ? 

Comment créer une nouvelle culture plus saine et surtout – qui pour l’incarner ?

Une femme peut-être, si Karima Ben Abdelmalek est confirmée définitivement. 

Et ça, c’est une autre histoire.

Sources

Article Mediapart – Chez Happn, des salariés dénoncent un patron « sexiste » et « humiliant »

Whitney Wolfe – Bumble: comment une femme humiliée a pris sa revanche ? https://shows.acast.com/lapprenti/episodes/60ddc2af8c523000129c9444

#130 Didier Rappaport – Dailymotion et Happn – Il n’est jamais trop tard pour tout recommencer – https://www.gdiy.fr/130-didier-rappaport-dailymotion-et-happn-il-nest-jamais-trop-tard-pour-tout-recommencer/

Aperotalk avec Didier Rappaport, CEO Happn Le Wagon – https://youtu.be/05LjBGJYGjE

BFM Business – Le Patron de la semaine: Didier Rappaport – 23/10 https://www.dailymotion.com/video/x3asnnj

Vous voulez avoir le prochain épisode en 1er et les coulisses ?

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