Comment Instagram s’est vendue pour 1 milliard de dollars avec 13 salariés ? – Ep 01

Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin

Si vous voulez écouter le podcast, vous pouvez le faire ici.

Instagram est à la mode. Mais son histoire l’est moins.

Et c’est ce que j’ai voulu découvrir.

Mais alors quelle découverte et quelle belle surprise !

Au-delà du prix payé par Facebook de 1 milliard de dollars, Instagram c’est avant tout l’opposition entre 2 mondes, celui de Facebook et celui d’Instagram.

L’opposition entre 2 leaders, Mark Zuckerberg et Kevin Systrom.

Dans ce 1er épisode, je vous emmène sur le chemin qui a amené Instagram sur une croissance folle avant d’être racheté par Facebook au bout d’un an d’existence.

Pour écouter le podcast

Comment Instagram s'est vendue pour 1 milliard de dollars avec 13 salariés ? – Ep 01 L'apprenti

Table des matières

L’annonce de l’achat

Les débuts: Systrom et Burbn

Instagram et les filtres

Un achat qui n’aurait jamais dû se faire

Notes

L’annonce de l’achat

3 avril 2012. Il est 8h00 du matin

L’atmosphère est pesante dans les locaux d’Instagram.

Kevin Systrom et Mark Krieger, les deux co-fondateurs de l’application ont contacté leurs 13 salariés la veille en leur donnant rendez-vous ce matin à la première heure.

Aucun des membres de l’équipe ne connait la raison de cette réunion prévu la veille pour le lendemain.

Personne ne fait ça dans la Silicon Valley.

Une réunion surprise à 8h00 du matin ne peut qu’annoncer une mauvaise nouvelle.

Pourtant, le lancement de l’application sur Android la semaine précédente a été un succès.

Mais c’est avec inquiétude que les salariés attendent le verdict.

Chacun a sa théorie en tête.

Certains pensent que l’entreprise vient d’être victime d’un piratage massif.

Ou peut-être pire, qu’ils sont au bord de la faillite.

Systrom entame la réunion en expliquant qu’il a eu plusieurs conversations au sujet d’une acquisition potentielle.

Les salariés relâchent alors un peu la pression.

Il ne doit pas s’agir d’une si mauvaise nouvelle après tout.

Seulement, il continue en expliquant qu’il a parlé à Mark Zuckerberg.

Oui, il a accepté l’offre de Facebook.

Ils ont bien entendu, Facebook rachète Instagram pour 1 milliard de dollars.

1 milliard de dollars !!

Dans la pièce c’est un mélange de surprise, de stupeur et de tristesse pour l’équipe.

« Tout le monde mais pas Facebook » se disent-ils.

1 milliard de dollars. C’est du jamais vu pour une application mobile.

Ce qu’ils redoutent le plus, c’est que, tout ce que Facebook en les rachetant démembre Instagram.

Il faut le dire, Facebook est coutumier du fait.

Racheter une entreprise pour ne garder que la technologie et se débarasser de la marque ou du produit.

Que va devenir Instagram, l’application pleine d’avenir qu’ils développent tous ensemble depuis de long mois ?

La peur que le rouleau compresseur mené par Mark Zuckerberg ne détruise l’âme du projet est, à ce moment là, la grande inquiétude de l’équipe.

Les salariés se demandent sérieusement ce qu’ils vont devenir.

Ce rachat est une sacrée surprise pour tout le monde.

Tout cela est d’autant plus inattendu qu’Instagram vient de faire une levée de fonds de 50 millions de dollars avec ses actionnaires historiques.

Au-delà de la levée de fonds, Instagram est sur une courbe exponentielle et Twitter vient de faire une offre de rachat d’un demi milliard de dollars.

Refusée par Systrom.

En avril 2012, Instagram atteint presque 80 millions d’utilisateurs.

Jusqu’ici Systrom, plein d’ambition et d’audace, a réussi à garder le cap malgré l’hyper croissance et les propositions.

Il veut préserver l’essence du projet Instagram.

Un projet vourné vers les utilisateurs et leurs attentes.

Après cette annonce surprise, Systrom calme le jeu en expliquant à son équipe qu’Instagram gardera son indépendance.

30 min après la réunion : la nouvelle est rendue publique.

C’est un déferlement de surprise dans le monde entier.

Un an d’existence, 13 salariés, 1 milliard de dollars.

On n’avait jamais vu ça.

Les débuts: Systrom et Burbn

Tout commence en 2005, Kevin Systrom alors âgé de 22 ans est encore étudiant à l’université de Stanford.

C’est un jeune très doué, et très humble.

On l’appelle le gentil et même le bienveillant.

C’est assez rare pour un fondateur de la tech.

Il cumule d’ailleurs de nombreuses passions dont la photographie et la musique étant DJ à ces heures perdues.

Systrom dispose déjà d’un certains nombres de connexions dans la Silicon Valley.

Et, malgré le fait qu’il se soit spécialisé en finance et en économie, il crée déjà des programmes informatiques et des sites internet sur son temps libre.

C’est d’ailleurs un des premiers de sa génération à être très attaché à l’esthétique de la structure du code.

À l’époque, TheFacebook existe depuis un peu plus d’un an et Mark Zuckerberg le fondateur de la plateforme s’intéresse déjà au profil très prometteur de Systrom.

Zuck propose alors à Systrom de le rejoindre pour bosser sur un projet d’ajout de photo pour The Facebook.

Mais il décline l’offre, son mentor lui ayant conseillé d’ignorer ce « projet en l’air qui ne mènera nulle part ».

Il part alors étudier en Italie où il se passionne pour l’artisanat italien.

Un peu plus d’un an plus tard, de retour dans la Silicon Valley, en 2006, il crée le prototype d’une application mobile qu’il nomme Burbn, en référence au whisky bourbon qu’il apprécie particulièrement.

La plateforme permet aux utilisateurs de faire des recherches sur des lieux de sortie, de préparer leurs virées entre amis et de poster les photos de ces rendez-vous.

Sans générer un immense succès, la plateforme fait son petit bout de chemin et Systrom participe à des concours d’applications mobiles dans la silicon valley.

Il attire alors ses 1ers investisseurs.

Mais concurrencer des plateformes et des réseaux sociaux déjà existant en créant une application optimisée à 100% mobile est la bonne idée du projet.

Systrom obtient un investissement de 500 000 dollars avec pour obligation de trouver un cofondateur.

C’est une façon pour les investisseurs de s’assurer que le fondateur principale du projet, aussi talentueux qu’il soit, n’ira pas tout seul droit dans le mur, en bénéficiant d’un deuxième avis sur toutes les décisions importantes qu’il doit prendre.

Ses 1ers investisseurs sont Steve Anderson et Andreesen et Horowitz, le fameux fond d’investissement de la Valley.

C’est à ce moment-là que Mike Krieger, un jeune brésilien lui aussi issu Stanford, et qui dispose d’une plus grosse expérience en ingénierie fait son entrée en jeu.

Pour Systrom, Krieger devient rapidement un choix de premier rang.

Humainement, Krieger est quelqu’un de bienveillant, à l’écoute, certes ambitieux mais sans être avide de succès. Comme Systrom, il est attaché à travailler sur des produits centrés sur l’utilisateur et leur besoin, pas tourné vers le profit.

Et, c’est ce que Systrom recherche.

Trouver un fondateur avec les mêmes valeurs, la même vision et surtout trouver un ami.

Cette amitié sera le ciment de tout Instagram.

Instagram et les filtres

Malgré les problèmes de visa de Krieger, Ils travaillent sur Burbn sans obtenir de succès avec une petite centaine d’utilisateurs.

Ils économisent chaque dollars au maximum … et se trouvent rapidement dans une impasse.

Ils repartent alors de zéro et observent le comportement de leurs utilisateurs…et la fonction photo semble plus leur plaire que tout le reste.

Ils finissent par se mettre d’accord pour se concentrer sur la photo.

Il se disent qu’un jour, tout le monde jouera les photographes avec leurs téléphones portables et publiera leurs photos en ligne. Même si cette idée n’est pas nouvelle.

Il existe déjà des dizaines de sites de partages de photos.

Pour le moment, les appareil photos de Smartphone ne sont pas de bonne qualité et la vitesse pour uploader les photos est encore trop lente.

Tant pis.

Systrom et Krieger foncent sur cette idée.

Et pour rendre la vie encore plus simple à tous ces futurs apprentis photographes, il faut ajouter des fonctionnalités qui simplifient le processus de création de ces photos.

C’est la simplicité qui est au coeur de tout ce que les 2 fondateurs font.

C’est lors d’un voyage au Mexique avec sa petite amie Nicole Schuetz que Systrom en prend conscience (voici la 1ère photo publiée sur Instagram lors de ce voyage !).

Cette dernière lui suggère fortement qu’il devrait proposer d’ajouter des filtres aux photos avant de les publier.

Ces fameux filtres qui permettent aux utilisateurs de passer du statut de « photographes du dimanche » à celui « d’artistes accomplis » en quelques clics feront plus tard toute la différence…

Enfin, pour prendre pleinement un nouveau départ, l’application doit changer de nom.

C’est à ce moment là qu’en 2010 Burbn Se transforme en Instagram. Un mélange « d’instant » et de « telegram ».

Le lancement de l’application sur l’Apple store fait sensation.

100 000 utilisateurs adoptent Instagram en une semaine. 2 millions en six semaines.

Le timing du lancement est parfait.

Les propriétaire de smartphones et d’Iphone ont tous un appareil photo dans leur poche et ne savent pas quoi en faire.

Une croissance des plus folle va démarrer.

En l’espace d’un an et demi, Instagram acquiert 80 millions d’abonnés.

Avec ce succès, ce n’est plus seulement les investisseurs que Instragram intéresse mais de plus gros poissons qui pointent à l’horizon.

Un achat qui n’aurait jamais dû se faire

1 milliard de dollars pour Instagram.

C’est donc l’offre que Systrom et Krieger ont accepté.

Zuckerberg, le fondateur de Facebook, est obnubilé par les potentiels concurrents depuis longtemps et sa stratégie est simple: on achète ou on copie.

Instagram sera donc acheté pour un montant qui va changer la vie des 2 fondateurs.

Systrom et Krieger empochent respectivement 400 et 100 millions de dollars chacun.

Lorsque Zuckerberg apprend qu’Instagram fait une levée de fond de 50 millions de dollars, Il comprend que l’application a un avenir prometteur…. surtout avec une croissance de 0 à 80 millions en presque 1 an.

Qui plus est, sur un segment de marché sur lequel Facebook est moins bien implanté : les applications mobiles.

Avec une telle somme d’argent, il sait qu’Instagram deviendra tôt ou tard un concurrent et qu’il faut agir vite.

Zuck propose aussitôt 1 milliard de dollars et Systrom est séduit par l’offre.

Zuckerberg lui promet de garder son indépendance et de ne pas toucher à la marque.

Instagram restera un produit à part entière et ne tombera pas dans l’ombre de Facebook.

C’est bien ce qu’il explique à la presse d’ailleurs en 2012.

Après le rachat, l’accueil préparé par Zuckerberg à toute l’équipe d’Instagram se veut rassurant.

Pourtant les salariés, eux, ne touchent pas grand chose du pactole.

En acceptant un poste chez Facebook, ils renoncent à exercer leurs options sur Instagram

Ils n’ont le droit que d’empocher des actions de Facebook, et ce, après au moins 1 an d’ancienneté suite au rachat.

La pilule est amère.

Mais la pilule est d’autant plus amère que leurs conditions de travail ne vont pas changer pendant 5 mois.

Des heures impossibles, des pannes de serveur, des messages des utilisateurs incessants… car tant que le rachat n’a pas été validé par les autorités de la concurrence, rien ne peut se passer.

Facebook ne peut leur apporter son aide.

Les 13 salariés sont poussés à bout pendant cette période

Malgré des suspicions de Monopole, les autorités américaines et européennes finissent par accepter l’achat.

En 2020, les autorités ont décidé de revenir sur cet accord car clairement, elles ont sous-estimé les impacts.

Chris Hughes, l’un des cofondateurs de Facebook, a lui-même appelé en 2019 à annuler l’accord.

« Le pouvoir de Mark est sans précédent et contraire à l’esprit américain» précise-il dans le New York Times »

Chris Hughes

Pourtant Zuckerberg a les mains libres.

L’achat le plus rentable de l’histoire économique a bien été validé.

Il peut désormais regarder sa pépite grandir.

Et ça c’est une autre histoire.

Retrouvez l’épisode 2 d’Instagram => Comment Instagram est devenu le plus grand réseau social au monde malgré la jalousie de Zuckerberg ? – Ep 02

Notes

Instagram sans filtre, Les secrets de la start-up qui a révolutionné nos modes de vie – Sarah Frier

How 2020 killed the Instagram brand | Digiday

Kevin Systrom on quitting Instagram: ‘No one ever leaves a job because everything’s awesome’

We finally know why the Instagram founders really quit

Instagram, la plus grande vitrine du monde

Comment Instagram bouleverse la photo

La jalousie de Mark Zuckerberg a eu la peau des créateurs d’Instagram

‘Facebook: The Inside Story’ Offers a Front-Row Seat on Voracious Ambition

Instagram’s CEO Wants to Clean Up the Internet-But Is That a Good @$ing Idea?

15 Months of Fresh Hell Inside Facebook

Instagram’s Co-Founders to Step Down From Company (Published 2018)

Scandale Facebook-Cambridge Analytica

Vous voulez avoir le prochain épisode en 1er et les coulisses ?

Table des matières